Nos Vies

“Même dans l’avion, on n’était pas sûres de pouvoir rentrer en France”: histoire d’un rapatriement rocambolesque

Billets d’avion hors de prix, hôtels fermés aux étrangers, cagnotte en ligne… Deux Françaises bloquées au Pérou racontent leur périple aux nombreux rebondissements pour rentrer en France.

C’était le voyage d’une vie, précipitamment écourté par la pandémie de coronavirus. Marie Audo et Chloé de Villars, deux amies originaires du Morbihan, mettent en pause leurs études pour partir, début janvier, à la découverte de l’Amérique du Sud. Plusieurs étapes sont prévues, au Pérou puis en Colombie. Le périple s’arrêtera la veille du départ vers Bogota.

“On ne savait pas si c’était sérieux”

Les deux amies découvrent la crise sanitaire provoquée par le coronavirus en dernière minute. Parties plusieurs jours en trek dans les montagnes péruviennes, sans internet, ce n’est qu’à leur arrivée, le samedi 14 mars, à Cuzco, l’ancienne capitale inca, qu’elles se rendent compte de l’urgence. “On ne savait pas si c’était sérieux au départ, raconte Chloé. Et puis Marie et moi avons reçu des dizaines de messages alarmants, nous incitant à rentrer en France.” “On n’a pas réfléchi longtemps: le Pérou n’est pas un pays sûr donc il fallait rentrer. Sinon, ça allait être la grosse merde !”, complète Marie.

Marie et Chloé avaient prévu de parcourir le Pérou puis la Colombie jusque mi-mai.

Elles se rendent le lendemain à l’aéroport de Lima, la capitale, en quête d’un dernier avion en partance pour la France.  “Il y avait une longue file d’attente, on a attendu plusieurs heures pour finalement ne pas pouvoir embarquer. Le billet coûtait 9 000 euros au minimum.” Une somme astronomique que ne peuvent débourser les deux étudiantes en année de césure.

Les hôtels n’accueillent plus les étrangers

De retour au centre-ville de Lima, elles partagent un appartement loué à la va-vite avec six autres Français. Aucun hôtel n’accepte les étrangers et la population péruvienne se barricade par crainte du Covid-19. Marie et Chloé vivent des situations étonnantes, comme cette rencontre avec une voisine de leur appartement. “Elle allait descendre de l’ascenseur pour promener son chien. Mais dès qu’elle nous a vues, elle a fait demi-tour et a appuyé violemment sur le bouton de l’ascenseur pour remonter. On a eu l’impression d’être des pestiférées!

Le lundi 16 mars à huit heures du matin, le confinement prend effet au Pérou. Les deux amies se rendent à l’ambassade de France en espérant trouver une solution, en vain. “Ils ne voulaient pas nous donner d’informations car ils étaient en réunion de crise. Marie leur a dit qu’on allait rester tant que l’on ne serait pas reçues, ils nous ont répondu : ‘Bonne nuit’.”

1 800 euros sur une cagnotte en ligne

Sans aides de la diplomatie française, les jeunes femmes restent connectées de longues heures devant les sites de compagnies aériennes, guettant chaque vol pour l’Europe. Les prix sont exorbitants: pas moins de 7 000 euros le billet. Bloquées, elles peuvent compter sur le soutien inconditionnel de leurs amis.

L’une d’entre elles lance une cagnotte en ligne. Et le succès est inattendu: en deux jours, 1800 € sont réunis. “On n’en revenait pas, confie Chloé. J’ai été très touchée par le soutien de nos familles et amis, et même des amis d’amis que l’on ne connaissait pas.”

Une première bonne nouvelle, suivie d’une seconde. Le vendredi 20 mars, l’ambassade de France annonce sur Facebook qu’un vol Lima-Paris réquisitionné par la France est programmé le samedi soir. Annulé quelques heures plus tard par le gouvernement péruvien, le vol est finalement repoussé à dimanche en fin d’après-midi. L’espoir renaît quand Marie et Chloé dégotent deux billets à 1 200 euros chacun. Une somme essentiellement financée par l’argent recueilli sur la cagnotte en ligne: “Le reste est sorti de notre poche.”

Le rapatriement de Marie, Chloé et 450 Français était encadré par une horde de policiers.

Rendez-vous est pris le jour J, à 10 h 30, devant l’ambassade de France. Prévoyantes, les deux Bretonnes sont sur place en début de matinée. Les Français présents devant le bâtiment diplomatique sont sous la coupe d’une horde de policiers armés de fusils d’assaut. “L’ambiance était tendue, les forces de l’ordre étaient sur les nerfs. Ils nous filmaient, nous prenaient en photos. Ils voulaient faire respecter un mètre de distance entre chacun de nous, mais nous étions 450 Français devant l’ambassade!”

Une heure et demie d’attente dans un bus à l’arrêt

On leur distribue des masques, puis elles sont placées dans des taxis pour rejoindre l’aéroport militaire. La tension ne retombe pas. “Les policiers ne nous donnaient aucune information. Arrivées à l’aéroport, ils nous ont fait monter dans un bus à l’arrêt. On y est resté une heure et demie, sans rien faire. Ce n’est qu’ensuite que l’on a pu aller s’enregistrer pour le vol.”

Un mètre de distanciation sociale est établi entre les Français rapatriés par les autorités péruviennes.

Les deux amies prennent ensuite place dans l’avion affrété par Air France – KLM. Elles ne sont pas soulagées pour autant. “Même assises dans l’avion, on craignait que les autorités péruviennes ne montent dans l’appareil pour nous dire que le vol était annulé”, se remémore Marie. L’avion décolle à 17 h 15 (heure locale), et arrive le lendemain midi à Paris.

Désormais de retour chez leurs parents dans le Morbihan, les baroudeuses mesurent leur chance d’être rentrées. Non sans un regret de ne pas avoir mené leur voyage à terme. “Je retournerais bien au Pérou pour visiter ce que l’on a raté”, envisage Chloé. “Moi ça sera plutôt la Colombie, que l’on n’a pas pu rejoindre”, renchérit Marie. D’ici là, les deux amies vont reprendre leur vie d’avant. Chloé débute en septembre prochain une licence de mathématiques et d’informatique. Marie hésite, quant à elle à continuer les études après avoir obtenu une licence professionnelle en techniques de commercialisation. Comme elles, près de 150 000 Français ont été rapatriés depuis l’annonce du confinement en France.

A lire aussi : [VIDÉO] Le confinement improvisé de Prunel et Matthieu en Bulgarie (1/3)

Irvin Blonz