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Femmes et confinement: stop aux diktats?

Plus de maquillage ou d’épilation: le confinement pourrait être l’occasion de mettre fin à certains diktats imposés aux corps féminins.

Alors que des articles listant des astuces pour ne pas prendre de poids ou ne pas se laisser aller pendant le confinement pullulent dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les appartements, une autre tendance apparaît. À contre-courant de ces injonctions, des femmes ont commencé à ne plus se maquiller, s’épiler ou, tout simplement, renfilent leurs vêtements les plus confortables.

À la base je ne me maquille pas beaucoup, mais là c’est complètement au naturel!” , explique Claire, une étudiante confinée avec une dizaine d’amis. Fini fond de teint, rouge à lèvres et mascara. Même pour Marine, étudiante en droit, qui passe beaucoup de temps à se maquiller pour le plaisir, ce serait “une perte de temps parce que personne ne la voit.

De la même manière, bon nombre de femmes ont changé leurs habitudes vestimentaires. Lucie, 22 ans, s’est rendu compte que ses anciens jeans étaient “horriblement moulants”. Claire, elle, les a troqués contre des “tenues très confortables: pantalons larges, leggings, shorts de sport…” Elle ne fait plus “aucun effort vestimentaire”.

Même effet côté poil. Juliette Lenrouilly, co-créatrice du compte Instagram Parlons Poil qui s’intéresse au poil féminin en 2020, a reçu beaucoup de témoignages de femmes laissant tomber leur rituel. “Les femmes s’épilent ou se dépilent beaucoup moins. Certaines se sont même lancé le défi de laisser pousser leurs poils pendant toute la durée du confinement, raconte Juliette. C’est quelque chose que la grande majorité des femmes n’a jamais fait. Elles ne connaissent pas leur corps avec des poils, voire ne connaissent tout simplement pas de corps féminins poilus puisqu’elles n’en voient nulle part!

Avec le confinement, Juliette Lenrouilly a revu ses habitudes et dit adieu aux diktats.
Crédit : Océane Segura.

Un sondage sur le rapport des Français au rasage pendant le confinement d’OpinionWay pour la marque de rasoirs BIC annonce que 18% des Français, hommes et femmes, ont complètement arrêté de se raser depuis le début du confinement.

Le poids de la société

Bien sûr, certaines femmes préfèrent garder leurs habitudes vestimentaires et dépilatoires car c’est comme cela qu’elles se sentent bien. Pour autant, le nombre de posts leur rappelant qu’elles n’ont pas à être désirables si elles ne le souhaitent pas a explosé sur les réseaux sociaux. Car la majorité a intériorisé les regards extérieurs depuis l’enfance et se comporte en fonction de ceux-ci. “Elles n’ont jamais eu le choix quant à ce qu’elles font avec leur corps, explique Sophie Barel, doctorante à l’Université Rennes 2 et spécialiste de la représentation du corps féminin. Les femmes sont soumises aux injonctions dès l’école. C’est, par exemple, au collège qu’ont lieu les pires humiliations si on a un poil qui dépasse.”

Alors que le concept de charge mentale est utilisé depuis quelques années pour désigner la gestion du foyer et des tâches ménagères qui incombe presque systématiquement aux femmes, les injonctions à être toujours épilées, maquillées ou bien habillées peuvent se ranger dans la case “charge esthétique. C’est ce qu’explique l’illustratrice parisienne Eve Cambreleng dans une série de dessins postée sur son compte Instagram aboutevie. Elle y écrit: “Les diktats sexistes ne sont jamais bien loin ! En plus d’être grossophobe, cette injonction à rester mince et séduisante en toutes circonstances est hyper culpabilisante et participe à une forme de charge mentale, c’est la charge esthétique.”

C’est aussi ce qu’a pu observer Juliette Lenrouilly de Parlons poil. Les femmes s’épilent ou se dépilent pour les autres: quand elles ont un rendez-vous Tinder, qu’elles vont à la plage ou qu’elles mettent une robe… Sinon, elles ne le font pas. Pour Sophie Barel, “l’injonction à l’épilation est tellement intégrée que, même seule, on se dit ’il faut que je m’épile sinon je ne me sens pas bien dans mon corps’. Et d’ajouter: “Il n’y a qu’à voir les films post apocalyptiques où les femmes sont super bien épilées. Comment c’est possible? Est-ce qu’elles se disent: ‘Il faut que je survive aux zombies et que je trouve un épilateur’?

C’est là que le confinement rebat les cartes du jeu. “Les femmes ont le temps de réfléchir et elles se rendent compte qu’elles ont plusieurs optionsexpose la spécialiste de la représentation du corps féminin. Débarrassé du poids des regards, le rapport au corps peut se libérer et s’affranchir des injonctions.

Des changements non durables

Pour autant, dès qu’il est question de sortir de la maison, les diktats reviennent à toute vitesse. Même si ce n’est que pour faire des courses, Pauline, assistante commerciale et administrative de 24 ans, renfile pantalons et tee-shirts quand Lucie remet mascara et jeans skinny. “Pour traîner chez moi ça ne me dérange pas, par contre quand je sors je fais tout de suite plus d’efforts.

Et Sophie Barel n’est pas très optimiste quant à l’après confinement: “Chassez les injonctions sociales elles reviennent au galop! Le confinement va à être levé aux beaux jours, place donc à l’injonction du summer body.” Juliette Lenrouilly la rejoint: “La norme de beauté du glabre chez les femmes est tellement intégrée que ce n’est pas en laissant pousser ses poils un mois, sans que personne ne le voit, que toutes les femmes vont se mettre à le faire. C’est une norme sociale tellement forte, ça ne changera pas du jour au lendemain.”

En effet, difficile de passer à côté de tous les memes se moquant en imaginant des femmes poilues et grosses à la sortie du confinement ou des articles prônant les astuces beauté spéciales confinement dans les médias. Juliette conclut: “On ne nous lâche pas les poils en plein confinement, ça ne donne pas envie de les laisser pousser à la sortie! Pourtant, Marine pense vraiment changer ses habitudes: “Maintenant je me trouve chouette sans maquillage donc je me maquillerai moins, ou en tout cas différemment.

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Océane Segura