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Comment gérer l’inconnu du virus face à ses enfants

Situation inhabituelle, la crise sanitaire entraîne son lot de peurs et d’angoisses. Avec l’incertitude qui plane, les parents peinent à trouver des réponses pour leurs enfants inquiets. Une psychiatre et une psychologue donnent leurs conseils.

Quand l’école maternelle lui a rendu les affaires censées rester en classe, ses chaussons et ses cahiers, Ella, 3 ans et demi, a compris que quelque chose était en train de changer. “Dès le mois de février, ils lui ont fait se laver les mains beaucoup plus souvent”, se souvient sa mère. “Et depuis, elle nous reprend pour dire qu’il faut éternuer dans le coude.” La fermeture de l’école et le confinement à la maison ne perturbent pas trop la petite fille qui préfère penser à l’avenir: “Quand le virus sera parti on pourra sortir”. Maintenant que ses parents ne vont plus au bureau, Ella leur fait de grandes déclarations d’amour.

Chez les enfants, l’angoisse se manifeste beaucoup par des comportements. Par exemple, ils peuvent être collants, ne pas lâcher les parents, rester près d’eux en permanence” explique la psychologue et psychothérapeute Sophie Azzam. À Rouen, elle propose une consultation “petite enfance” dédiée aux zéro à trois ans, et organise des entretiens familiaux. Les enfants aiment vivre dans un quotidien rassurant et ritualisé. Là avec le confinement, tout est chamboulé! Ne plus aller à l’école, que les parents soient sans cesse présents, c’est inquiétant pour eux”. Les signes d’angoisse dépendent de chaque enfant, et de l’âge, rappelle Sophie Azzam. “Les plus jeunes vont réagir de manière non-verbale, faire des crises, être énervés, plus instables.  Je constate des problèmes de sommeil, des enfants qui vont avoir mal au ventre, à la tête… ”

Dans l’appartement familial à Puteaux (Hauts-de-Seine) Thomas, sept ans et demi, vit assez bien cette période de confinement d’après sa mère: “Il dit ‘à cause du Corona on ne peut pas faire ça…’  mais le reste du temps, il ne pose pas trop de questions. On lui en a parlé avant qu’il l’entende à l’école, et on n’a pas de proches hospitalisés ou contaminés.” En revanche, glisse-t-elle, une voisine de l’immeuble lui a raconté qu’elle évitait de passer devant le supermarché pendant les rares sorties avec sa fille, par peur que la longue file de personnes masquées ne la traumatise.

Six conseils pour les parents

Afin de gérer cette situation, les conseils aux parents tiennent en six points selon le docteur Christine Barois, psychiatre pour enfants, adolescents et adultes à Paris. Elle est spécialisée dans la gestion du stress et de l’anxiété :

  • “D’abord, valider ces réactions, y compris lorsque l’enfant ne sait pas la nommer.” Il faut montrer que le message a été reçu, en quelque sorte. “On peut dire ‘je vois bien que tu as peur de la maladie, de retourner à l’école, que tu es en colère, que tu te demandes comment on va en sortir.’”

  • Ensuite, partager ces émotions avec eux : “Ça peut être de répondre ‘moi non plus je ne suis pas très à l’aise avec ça’”. Sans être en colère ni avoir peur, car il faut prendre sur soi pour montrer le bon exemple. Et surtout, insiste Christine Barois, “reconnaître que c’est normal de ne pas savoir même si c’est désagréable. On en découvre tous les jours avec cette épidémie.”

  • “Le troisième conseil est de dire qu’on a déjà passé d’autres crises comme le 11 septembre ou les attentats, poursuit la psychiatre. Qu’on va surmonter ce moment ensemble. Qu’on a tous besoin de rester chez soi, et de pouvoir compter les uns sur les autres.

  • Du côté des sources d’informations auxquelles l’enfant a accès, “les parents doivent faire attention et limiter ces sources à ce qui est validé; plus particulièrement se méfier des réseaux sociaux.

  • Enfin, le mieux est de permettre aux enfants de reprendre le contrôle en les laissant choisir des activités, participer aux tâches ménagères, mettre le couvert…”, conclut le docteur Barois.

Veiller sur l’information à laquelle les enfants sont exposés semble crucial. Au début du confinement, les parents d’Ella allumaient la télé, et du haut de ses trois ans et demi, elle regardait les informations à leurs côtés. “On a arrêté parce que ça devenait envahissant” avoue sa mère.

“C’est au parent le plus serein d’en parler aux enfants”

Pointant du doigt la surcharge de travail pour les mères durant le confinement, Sophie Azzam invite les deux parents à s’impliquer auprès des enfants: “C’est au parent le plus serein d’en parler aux enfants. Quand la mère est trop angoissée, par exemple, ce serait mieux que le père ou une autre personne de l’entourage prenne le relais. Car le stress est contagieux, et d’autant plus dans de telles circonstances. “Les enfants ressentent le stress des parents. Si les parents sont moins disponibles dans leur tête, les tout petits vont avoir plus de mal à manger, à dormir, vont plus pleurer.”

Alors, à partir de quel âge faut-il aborder la question du virus avec ses enfants? Sophie Azzam estime “important que des mots soient mis dessus, même un bébé est sensible aux paroles bien qu’on ne rentre pas dans les détails”. Comme sa consœur Christine Barois, la psychologue privilégie les bandes dessinées publiées sur internet pour ouvrir le dialogue: “C’est ce que j’ai conseillé à une maman qui n’en avait pas encore parlé à sa fille. Le support de l’image est important pour les petits ne maîtrisant pas complètement le langage et ses nuances.”

Sur la fenêtre du salon, les parents d’Ella ont collé une bande dessinée à la hauteur de ses yeux. Ça matérialisait le virus en lui donnant une petite tête, des petites pattes. Elle lui parlait un peu et regardait les dessins pour se l’approprier.” raconte sa mère. Au bout de deux semaines, ils ont retiré la BD “pour qu’elle n’y pense pas trop non plus, puisque le sujet était réglé”.

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Antoine Trinh