A Arras comme à Paris, les bars subissent les conséquence de la pandémie de Covid-19
Le Monde

Face au confinement, les bars luttent pour survivre

Victimes collatérales du Covid-19, 30 à 40% des bars sont aujourd’hui menacés de fermeture, selon le collectif Culture Bar-bars. Dans l’attente, à La Fabrique d’Arras (photo à g.) comme au Court-Circuit (photo à d.), à Paris, les gérants s’organisent pour limiter la casse.  

On voit le temps se rallonger et nos avenirs se raccourcir. C’est le constat alarmant dressé par Victor Hugo Porcel, le gérant du Court-circuit, un bar éco-responsable du 20e arrondissement parisien. Ce troquet, qui propose habituellement produits locaux et expositions, a dû fermer ses portes le samedi 14 mars à minuit comme tous les établissements de France. Pour une durée indéterminée. 

Aujourd’hui à court de trésorerie, le Court-Circuit voit son avenir menacé: “Je pense sérieusement à fermer. Sans véritable aide, je ne peux pas tenir quatre mois.” Si la première phase de déconfinement devrait débuter le 11 mai, elle ne concernera pas les bars. Pour eux, la date du 15 juin a été évoquée par le gouvernement mais reste incertaine. Le collectif Culture Bar-bars estime déjà que 30 à 40% des bars ne rouvriront pas.

A Arras, La Fabrique s’en tire mieux. Ouvert en septembre 2019 par deux jeunes diplômés d’école de commerce, l’établissement a fait un bon démarrage: “L’affaire commençait à rouler”, affirme Jules Viot, un des co-fondateurs de ce bar à shots. “On peut tenir encore 5 ou 6 mois.” 

Mais le passage du Covid-19, comme partout ailleurs, y a marqué un coup d’arrêt: “L’activité est passée de 1000% à 0%. On a dû couper Internet, le téléphone et répartir les échéances.”

À la fin, on va devoir payer« 

En attendant les dettes s’accumulent. Les aides proposées par le gouvernement aux TPE et aux indépendants, au travers d’un fonds de solidarité, restent pour certains insuffisantes: “L’Etat propose une aide de 1 500 euros, ca ne couvre même pas la moitié de mon loyer. J’ai deux salaires à verser, normalement il faut que je sorte 7 000 euros par mois. C’est du foutage de gueule”, s’insurge Victor Hugo Porcel. Jules Viot, lui, dénonce les conditions d’obtention de ces aides: “Il fallait justifier d’une perte de 70% de chiffre d’affaires sur mars, par rapport à 2019, alors qu’on avait déjà travaillé la moitié du mois. Cela ne concerne donc que les établissements déjà en difficulté.” Le chiffre a depuis été abaissé de 50% pour le mois d’avril. 

À cela s’ajoute des gels de loyers, des reports d’échéances et des crédits accordés à taux zéro. Loin d’être une solution pour le gérant du Court-Circuit: “Même si l’Etat propose le report de certaines factures, il faudra les payer quand même. Et les comptes sont déjà vides.” Même inquiétude à La Fabrique: “C’est reculer pour mieux sauter. À la fin, on va devoir payer.” 

S’organiser pour survivre
Le vendredi 17 avril, La Fabrique à Arras lançait la livraison de boisons avec un DJ set en live. Capture d’écran Facebook : La Fabrique.

Face à l’insuffisance des fonds accordés par l’Etat, les bars improvisent. Pour amortir le choc, Victor Hugo Porcel va se lancer dans la restauration à emporter dès lundi. Et compte aujourd’hui sur la solidarité de ses clients. Il a lancé une cagnotte Leetchi pour récolter des dons après avoir placé toutes ses économies dans ce projet, depuis trois ans: “On compte sur les gens soucieux de soutenir la culture et un projet créateur de lien social comme le Court-Circuit.” Mais le chemin reste long: “On a besoin d’au moins 30 000 euros pour faire face à la crise.” La cagnotte a, pour le moment, permis de récolter 850 euros.

À Arras, La Fabrique a également dû diversifier ses sources de revenus. Jules Viot a décidé d’opter pour la livraison de boissons à domicile,  pour “sauver les meubles”. La Fabrique a également proposé un DJ set diffusé sur Internet depuis le bar pour lancer le projet, vendredi dernier. Mais le gérant reste conscient de l’impact limité de ces initiatives: “Ca sert plutôt notre image que nos finances.” 

Appliquer les mesures barrières

Aujourd’hui les deux gérants espèrent une réouverture rapide. “Le but c’est de redémarrer plus vite et plus fort”, assure Jules Viot. Mais les établissements devront certainement s’adapter à la mise en place de règles de distanciation voire de limitation du nombre de clients. Un casse-tête économique pour le Victor Hugo Porcel au Court-Circuit: “J’amortis mes frais quand le bar est rempli, si on limite le nombre de clients je perds de l’argent.” Mais aussi logistique: “C’est un lieu où les gens sont proches, où ils parlent à quelques centimètres les uns des autres.”

Jules Viot, le gérant de La Fabrique est moins inquiet: “S’il faut respecter les règles on le fera.” Mais le co-fondateur comprend la détresse d’établissements au bord du gouffre comme le Court-Circuit: “Si j’avais le couteau sous la gorge, je n’hésiterais pas à passer outre”, assure-t il.

2020, année zéro pour les bars ?

La crise pourrait être profonde selon les principaux syndicats dont l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH): “La catastrophe économique est confirmée. 2020 est une année perdue pour les cafés, hôtels, restaurants et discothèques.” Pour sauver ces établissements, les représentants syndicaux demandent aujourd’hui une réponse du secteur des assurances et la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ouvrant droit au dédommagement des établissements affectés. 98% d’entre eux ont pour le moment reçus des réponses négatives selon l’UMIH.

Malgré tout, à Arras, Jules Viot se projette déjà: “Je vais essayer de créer un gros événement pour fêter la réouverture.” Le Court-Circuit, lui, espère pouvoir rouvrir ses portes une fois la pandémie maîtrisée.

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Bastien Serini