Le Monde

Avec le confinement, les associations réinventent la solidarité

Locaux fermés, rencontres avec le public très limitées: en temps de confinement, les associations ont dû s’adapter pour assurer le maintien du lien social. Avec l’inconnu du déconfinement à l’horizon.

Depuis la mi-mars, les locaux de l’Armée du Salut, association d’aide aux plus démunis, sont fermés partout en France. Au poste de Valence, plus d’aide sociale, d’activités ou de dons de vêtements. Seule l’aide alimentaire hebdomadaire a été maintenue. D’ordinaire, une dizaine de bénévoles aide à l’organisation des activités de l’association. Ils ne sont aujourd’hui plus que deux: Pierre Carrères et sa femme, Christiane, responsables locaux. 

Le lien social, coeur de l’activité associative, n’existe plus. “L’écoute fait partie de notre travail. Les gens qui viennent nous voir, souvent des demandeurs d’asile, ont besoin de ce contact, insiste Pierre Carrères. A présent nous donnons les colis alimentaires sur le pas de la porte, plus personne ne rentre. Tout se fait à la sauvette.” 

Pour pallier ce manque, “ma femme passe des heures au téléphone tous les jours à prendre des nouvelles de ceux qui participent normalement à nos clubs. Ils sont stressés, supportent mal le confinement”. La solitude à laquelle sont confrontés les personnes isolées l’inquiète plus que le Covid-19.

Maintenir le contact

Dans le Nord de la France, à Calais, même problématique pour Utopia 56 qui vient en aide aux migrants. Antoine Nehr, responsable local, explique: “Nous avons fermé notre accueil de jour pour éviter d’être contaminé et de contaminer les autres. Mais nous continuons les maraudes tous les soirs par équipe de deux, de 20 heures à 2 heures du matin. Nous voulons être présents quand personne ne l’est.” 

Port de masque, nettoyage des véhicules, lavages de mains: tout est fait pour respecter les gestes barrières. “Les migrants se rendent compte de ce qui se passe. Mais de toute façon, ils sont bloqués, ils n’ont pas d’autre choix que d’être là”, se résigne Antoine Nehr. A Calais, l’association compte toujours 1 000 personnes dehors.

Essayer de maintenir ce lien social coûte que que coûte. C’est le nerf de la guerre pour les associations d’aide aux plus démunis pendant une période où la distanciation est de mise. A Marseille, l’association La Maraude du Coeur a arrêté ses distributions alimentaires en poste fixe. Mais face au besoin, ils ont décidé de mettre en place un système de parrainage pour venir en aide aux personnes en difficulté: “On publie une annonce en disant qu’une famille a besoin d’aide, et des personnes se portent volontaires pour être parrain ou marraine de cette famille: ils leur font les courses notamment”, explique Sabrina Cheballah. Mais cela devient de plus en plus difficile avec l’explosion des appels.

Boom de la solidarité

“Depuis le 16 mars, on voit de plus en plus de personnes à la rue”, s’alarme Marc Perez, président de l’association La Maraude des Anges de Toulouse. “Beaucoup de personnes sont mises dehors, notamment celles habituellement hébergées par des connaissances”, explique-t-il. Lors des distributions de kits alimentaires, l’association voit défiler 90 à 120 bénéficiaires, contre 50 à 70 habituellement. 

Heureusement, la période de confinement suscite des vocations et ranime la solidarité. La Société Saint-Vincent-de-Paul a reçu deux fois plus de candidatures pour devenir bénévole que l’année dernière à la même période. “Surtout des jeunes, des gens qui n’étaient pas engagés dans le monde associatif auparavant”, assure Jean-Charles Mayer. Ils viennent remplacer des retraités plus présents en temps normal, mais plus fragiles face au nouveau coronavirus. “Au premier jour du confinement, nos huit épiceries solidaires avaient dû fermer à Paris. Grâce à cet engagement massif, nous avons pu toutes les rouvrir”, félicite-t-il.

L’angoisse du déconfinement

Que se passera-t-il après le 11 mai? C’est la grande inconnue. Ce qui inquiète le plus Marc Perez, c’est un boom de la précarité après le déconfinement. Au mois de mars, le nombre de chômeurs de catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, a bondi de 7,1%. Un record tristement historique. “Pour l’instant, la trêve hivernale a été décalée, certains hôtels accueillent des personnes en difficulté. Mais après?” s’inquiète Marc Perez. “Quand les personnes nous appellent, la première chose qu’elles nous disent, c’est j’ai faim. Il y en a de plus en plus, c’est la première fois que ça arrive”, s’alarment Sabrina Cheballah de la Maraude du Coeur et Antoine Nehr d’Utopia 56.

Si les associations ne peuvent pas encore avancer de chiffres et de prévisions précises, la plupart craignent d’être en première ligne face à la crise économique qui s’annonce. “C’est une réalité, il y aura un boom post-confinement”, analyse Jean-Charles Mayer, de la Société Saint-Vincent-de-Paul, en citant notamment les derniers chiffres du chômage. “Ca va être dramatique.”

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Tiphaine Niederlaender et Marie Terrier

@tiniederlaender / @marie0terrier